L’histoire des associations

Préparer pour la SCDA par Meline C. Batten, caé

 

Lorsque des gens se réunissent pour discuter de préoccupations partagées, peu importe l’élément commun qui les unit, le noyau d’une association est formé. Les associations peuvent retracer leurs origines dans des organisations comme les religions, les confréries d’arts et métiers médiévaux et les regroupements d’échanges commerciaux. Par exemple, sous l’Empire Romain, le concept d’apprentissages professionnels et de réglementation commerciale est devenu la norme, tandis qu’en Angleterre, au 16e siècle, les associations commerciales les plus anciennes ont vu le jour grâce à la formation de guildes pour protéger les intérêts des regroupements de marchands et ceux des artisans. Les guildes offraient de la formation pour acquérir des habiletés spécifiques et établissaient des règlements pour la rémunération et les heures travaillées. Au début des années 1800, le mercantilisme représentait la base de l’économie américaine, et les gouvernements locaux et les guildes travaillaient en étroite collaboration.

Avec la venue des usines et de la fabrication en série pendant la révolution industrielle du 19e siècle, les guildes ont subi de profonds changements : la qualité et la rémunération ont cédé la place à la quantité et au produit. Finalement, les guildes ont perdu de leur pouvoir et, en conséquence, ont cessé d’exister pour leur raison d’être initiale.

L’association la plus ancienne documentée aux États-Unis est celle de la chambre de commerce de l’état de New York, créée en 1768 par vingt marchands; cette association existe toujours aujourd’hui. La plupart des associations de cette époque étaient locales, mais avec le début de la guerre de Sécession, plusieurs organisations régionales et nationales ont vu le jour pour profiter du potentiel industriel du pays. Les chemins de fer ont contribué à l’ouverture du pays et de nouveaux marchés pour les fabricants, ce qui a également eu comme répercussion la création d’autres associations commerciales pour assurer une concurrence loyale. En 1900, plus de cent associations existaient déjà pour influencer la législation fédérale et d’état, obtenir des informations pertinentes aux industries et bénéficier de tarifs d’assurance standardisés.

Cette coopération concurrentielle s’est rapidement transformée en coopération monopolistique : la collusion et la fixation des prix, la limite de l’offre et le contrôle de la distribution par territoire sont devenus la norme. Malgré une demande accrue pour les biens, la production était en fait contrôlée par les associations. Tout ceci a mené à l’introduction de législation antitrust pour contrer les pouvoirs des monopoles et limiter les restreintes commerciales et l’échange des informations relatives aux prix. Suite à de nombreuses poursuites judiciaires devant la Cour suprême des États-Unis portant sur l’enjeu des activités reliées aux prix indéterminés, une décision de 1925 a déterminé que les informations concernant les prix ne pouvaient être échangées que sur des transactions passées et devaient être mises à la disposition des membres et des non membres des associations, de même qu’au gouvernement et aux banques. La Cour a aussi statué que les entreprises concurrentielles ne pouvaient avoir d’entente pour maintenir les prix.

Les deux Guerres mondiales ont eu un impact considérable sur l’établissement d’associations. Les associations commerciales ont fourni au gouvernement des informations concernant l’équipement disponible, les spécifications pour les soumissions et des statistiques sur le travail et la productivité. Ces associations ont rempli une mission importante entre les compagnies, les industries représentées et les divers niveaux de gouvernements, jouant ainsi un rôle majeur dans l’effort de guerre en encourageant la conservation des ressources et en offrant les services de spécialistes techniques. Les associations ont continué de jouer ce rôle d’intermédiaire auprès du gouvernement même après la déclaration de paix et la stabilisation de l’économie.

La constitution des corporations professionnelles

Les écrits les plus anciens de l’humanité, par exemple l’évangile selon saint Luc, révèlent que certaines professions que nous connaissons aujourd’hui existaient déjà à cette époque lointaine et étaient honorées par la société. Des ordres religieux comme les Jésuites étaient reconnus pour leurs érudits et leurs maîtres et d’autres sociétés professionnelles se sont aussi formées pour acquérir des connaissances et les partager. La première société scientifique, l’Academia Secretorum de Naples, a été créée en 1560 et a ainsi évolué en Europe pendant la Renaissance. D’autres sociétés se sont répandues à travers l’Italie, puis à Londres et à Paris au cours du siècle suivant. La Royal Society de Londres, probablement la société scientifique la plus reconnue au monde, a été fondée en 1662 sous la charte royale. Au fil des ans, cette société a étudié les problèmes de navigation, les phénomènes météorologiques des éclairs, les questions de latitude et de longitude, de temps et d’autres mesures. Elle a été la première à offrir un lien entre la Grande-Bretagne et les colonies d’Amérique, bien avant la Révolution américaine.

Comme la main-d’oeuvre devenait de plus en plus spécialisée et de nouvelles professions voyaient le jour, les sociétés professionnelles ont assumé la responsabilité d’élaborer des méthodes d’essai et d’évaluation, de même que de recueillir un ensemble de connaissances pertinentes pour consultation future. Ainsi, elles ont défini des normes afin de vérifier le niveau de professionnalisme et d’établir des seuils d’excellence.

Les sociétés professionnelles ont grandement contribué au fil des ans auprès des gouvernements et des chercheurs universitaires, tout en jouant un rôle important dans l’expansion de l’ensemble des connaissances scientifiques actuelles. Les réunions de ces sociétés offrent à la fois des occasions d’échange d’idées et d’informations techniques, et une tribune pour des opinions dissidentes à propos de la recherche professionnelle, ayant comme résultat des normes de professionnalisme toujours plus élevées.

L’évolution des associations au Canada

L’existence d’associations au Canada est plus ancienne que celle des États-Unis : Samuel de Champlain a fondé la toute première association au Canada en 1604, L'Ordre de Bon Temps, sur l’Ile Ste-Croix en Nouvelle-Écosse, site de la toute première colonie française d’Amérique du Nord. Champlain croyait que les pionniers parviendraient à mieux surmonter les effets de l’isolation et des hivers dévastateurs grâce à des activités récréatives et sociales. Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse contribue toujours à la vitalité de cette organisation, offrant des adhésions de membres aux visiteurs de la province.

Le Halifax Board of Trade a été créé en 1750, soit 18 ans avant la première association documentée de ce genre aux États-Unis, la Chamber of Commerce of the State of New York.

Plusieurs sociétés savantes à vocation légale ont été établies au Canada à la fin du XVIIIe siècle, début XIXe siècle, et sont toujours actives aujourd’hui, incluant la Law Society of Upper Canada (1797), la Nova Scotia Barristers' Society (1825), la Barristers' Society of New Brunswick (1846) et Le Barreau du Quebec (1849). D’autres professions se sont réunies pour former des organes directeurs comme Le Collège des Médecins et Chirurgiens de la Province de Québec (1847), la Medical Society of Nova Scotia (1854), le Nova Scotia Board of Insurance Underwriters (1857) et l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario (1866). L’Association médicale canadienne et la Ontario Dental Association sont toujours aussi efficaces aujourd’hui dans leur recherche de normes élevées pour leurs professions qu’elles l’étaient lors de leur fondation en 1867. L’Association des manufacturiers canadiens, créée en 1871, agit toujours comme la voix de l’industrie, tandis que l’Association des banquiers canadiens représente aussi activement la communauté bancaire aujourd’hui qu’elle le faisait à ses débuts en 1891.

Le nombre d’associations a cru progressivement des années 1900 jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, puis a connu sa plus grande période de croissance lors du boum économique des années 60. Plus du tiers de toutes les associations constituées en vertu de la loi fédérale à partir du début du XXe siècle ont été établies à la fin des années 60.

Aujourd’hui, nous comptons des milliers d’organismes sans but lucratif actifs au Canada. Cependant, il est difficile d’estimer un nombre exact de regroupements communautaires bénévoles ou de groupe d’intérêts, puisque ces groupes sont souvent non constitués en société et se démantèlent une fois leur cause gagnée ou perdue. Certaines sources indiquent que plus de 70 000 associations sont enregistrées au Canada aujourd’hui, avec la majorité de ces associations formées lors des dix dernières années. De plus, à peu près 4 000 organismes de charité sont enregistrés chaque année. 

Une association pour les professionnels des associations

En 1920, la American Trade Association Executives (qui changera son nom plus tard pour American Society of Association Executives) a été créée comme société professionnelle pour les leaders d’associations commerciales. Au Canada, une organisation similaire a vu le jour en 1951 grâce à vingt-cinq membres et servait de plateforme d’échange d’informations pour les gestionnaires d’associations. À ses débuts, l’organisation était connue sous le nom de Institute of Canadian Trade Association Executives; l’organisation a changé son nom en 1955 pour le Institute of Association Executives (IAE) afin de mieux refléter les orientations de ses membres qui provenaient non seulement des industries, mais également des ordres professionnels et des organismes de charité.

En 1987, après avoir procédé à une analyse détaillée de sa mission et de ses objectifs, les membres de l’IAE ont voté en faveur d’un changement de nom pour se conformer à ses homologues à travers le monde : American Society of Association Executives; Australian Society of Association Executives; European Society of Association Executives; Society of Association Executives (Angleterre); et Centre d'Étude des Directeurs d'Associations Professionnelles (CEDAP - France). Aujourd’hui, l’organisation est connue sous le nom de Société Canadienne des Directeurs d’Association (SCDA).

 

À propos de la SCDA